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Se reconstruire sans enfant suivant - Témoignage

Se reconstruire sans enfant suivant - Témoignage

Je vous propose mon témoignage, qui j’espère apportera un petit quelque chose à toutes celles qui sont sur PE, mais qui pour une raison ou une autre (maladie, âge trop avancé, conjoint qui ne veut pas ou est parti…), par choix ou sous la contrainte, essaient de retrouver le chemin de leur vie sans projet bébé.

J’ai deux filles vivantes, et j’ai perdu 2 enfants de MFIU (mort fœtale in utero) à 20 et 28 SA, et j’ai fait de (trop) nombreuses fausses couches à répétition. Pour moi, il n’est plus possible d’essayer d’avoir d’autres enfants, d’une part à cause des risques pour ma santé, et d’autre part, parce que, je m’en rends bien compte, je ne pourrai plus supporter l’angoisse d’une grossesse.

Après chaque fausse couche, après la mort de Nel en 2009, je me relevais en pensant à la prochaine fois, qui sera la bonne, parce que je ne voulais pas perdre espoir, parce que la roue doit tourner, que la foudre ne frappe pas 2 fois au même endroit, etc. Ce désir d'enfant me maintenait la tête hors de l’eau, et me donnait la force de tenir debout. J’ai mis toutes les chances de mon côté : médecine chinoise, ostéopathie, homéopathie, psy. Et pourtant tout cela n’a pas empêché la mort d’Adrien en 2012. Mais je savais au plus profond de moi, quand j’ai appris cette grossesse, que quoiqu’il arrive, ce serait ma dernière grossesse. Parce que je me sentais au bout de ce que je pouvais.

Alors voilà, je ne peux pas errer sur la partie du forum « Grossesse suivante » et y nourrir l’espoir d’un demain plus heureux. Je ne peux pas me raccrocher à cet espoir-là. En plus du deuil de mon enfant, je dois faire le deuil de la maternité, parce que ma santé est en jeu, parce que je ne peux plus affronter ces angoisses-là, parce que la médecine ne peut rien pour moi, et que les jours passant, les risques augmentent.

J’ai d’abord cherché du sens à ce qui m’arrivait, au pourquoi de ces MFIU, j’ai été secouée par la colère, la révolte, le désespoir le plus sombre, j’ai cru devenir folle certains soirs. Avec l’aide de la psy, je me suis rencontrée dans ce gouffre sans fond où je m’étais perdue. Puis petit à petit, je me suis tournée vers l’aujourd’hui, le présent de ma vie, vers tout ce que j’ai reçu de magnifique : une famille, 2 filles, un mari, moi vivante, une vie professionnelle à réinventer, des talents artistiques à développer. Et des amitiés tellement solides que je ne saurais jamais les remercier assez pour leur indéfectible soutien.

Aujourd’hui, plus d’un an après la naissance d’Adrien, j’ai retrouvé le goût de vivre. Bien sûr le chagrin frappe encore régulièrement à la porte, je lui ouvre alors et le laisse me traverser. Laisser aller, laisser faire, accepter ? Arrêter de lutter contre ce qui est, et que je ne peux pas changer.

Qu’est-ce qui au final m’a permis de me reconstruire, sans grossesse suivante ? J’en parle parce que sur PE et dans ma vie, je me sentais extraterrestre, maudite, celle qui permet à d’autres de se dire « il y a pire que moi », et pourtant je sais que ne suis pas la seule, sauf que celles qui traversent cette souffrance de ne plus jamais – ou ne jamais - être mère partent à petits pas, sans bruit et sans qu’on s’en aperçoive. C’est d’abord pour elles que j’écris aujourd’hui. Bien que je ne sache rien de ce que cela peut être de devoir se reconstruire sans enfant, ni précédent, ni suivant.

Cette année, je n’ai pas travaillé, c’était une nécessité pour ma survie. À la place, j’ai utilisé ce temps qui devait être avec Adrien pour faire ce que j’avais envie de m’offrir : de la musique, du yoga et de l’escalade, de la danse, des cours de dessin et de poterie, de la lecture.

J’ai aussi continué à voir ma psy chaque semaine. J’ai suivi un cycle de Méditation en Pleine Conscience, qui permet d’apprendre à être concentré sur le présent, et aide à réduire le stress, les angoisses. Ce programme est utilisé à l’hôpital Sainte-Anne (établissement parisien spécialisé en psychiatrie) pour prévenir les récidives d’épisodes dépressifs.

J’ai continué à écrire sur PE et dans un cahier : pensées, poèmes, et maintenant dessins. Je crois que le dessin et la création de sculptures en céramique ont permis d’exprimer ce qui ne pouvait pas se dire en mots, de créer quand je ne pouvais plus enfanter, d’exprimer mes émotions enfouies.

L’apprentissage de la méditation a été un tournant décisif : j’y ai repris goût à la vie, j’ai commencé à arrêter de lutter, à accepter ce qui s’est passé. Je me suis recentrée sur moi même et je suis allée chercher mes propres forces, j’ai passé moins de temps à déplorer le manque d’aide des autres, j’ai commencé à regarder ce qui était positif dans ma vie. Je ne cherche plus constamment le sens de ce qui s’est passé, je regarde plutôt ce qui a changé en moi, quelles transformations ont eu lieu. J’apprends à être indulgente avec moi aussi, et bienveillante. Je ne suis plus en colère contre moi de ne pas pouvoir avoir d'autre enfant. Je n'ai pas entièrement tordu le cou à la culpabilité, mais c’est en bonne voie. Il reste la fragilité, la peur du pire qui revient vite, mais tellement moins de prises de tête inutiles ! Et le sens de l’essentiel.

Voilà, tout ce temps pris pour faire face à ce que je ressentais, accepter ce qui venait comme pensées ou émotions, tout en étant accompagnée dans cela, n’a pas été inutile, au contraire. Je me connais mieux, et j’ai de nouveau envie de vivre, de me prendre en compte, de ne pas être seulement mère. Je m’ouvre de nouveau au monde extérieur, petit à petit, et ce qui s’y passe est très fécond. J’ai été profondément taillée à vif avec un couteau tranchant, mais les cicatrices se referment. Elles sont encore douloureuses, mais non plus omniprésentes. Il m’a fallu beaucoup de temps, l’amour de mon mari, de mes enfants, et de mes amis, et un espace créatif pour déverser l’énergie que je ne pouvais pas donner à mes tout-petits que je n’ai pas eu le temps de connaître.

La trace que mes enfants ont laissé, finalement, c’est au travers de celle que j’ai enfin eu la force de laisser advenir en moi-même, mais aussi dans ce qui a été modifié dans les relations avec l’entourage. J’ai appris à pardonner aussi, à ceux qui n’ont rien compris, qui ont fui, qui nous ont abandonnés à notre douleur. Disons que c’est en cours...

J’ai traversé la colère, le désespoir, la jalousie, la haine, mais derrière, c’était mon amour pour eux que je hurlais si fort. Et c’est lui qui finalement a pris le dessus.

Aurélie (Liliber)

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