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Les sages-femmes et l'accompagnement du deuil périnatal - Témoignage

Les sages-femmes et l'accompagnement du deuil périnatal - Témoignage

Sage-femme, le plus beau métier du monde…. Probablement ! Mais il y a des jours où j’aimerais faire autre chose, tout et n’importe quoi, mais surtout être ailleurs.

Et puis je prends une grande inspiration et je pousse la porte de cette salle d’accouchement. Je ne connais pas ce couple, ou cette femme seule parfois, je ne les verrai probablement que pour quelques heures. Qui sont-ils ? Que vont-ils devenir ? Je n’en saurai certainement rien.

C’est d’abord le silence qui est troublant. D’habitude en pénétrant dans une salle d’accouchement, le bruit du monitoring nous accueille, ce rythme cardiaque à 140 battements par minutes résonne presque en nous comme une mélodie. Mais là, c’est le calme, au mieux le bruit de l’appareil à tension, des bi-bips stressants.

La tension est palpable, leur tension, j’espère qu’ils ne sentent pas la mienne. Je me présente tout simplement. Je les questionne, un peu, pour les cerner, savoir où ils en sont dans leur tête et dans leur cœur, j’explique s’ils ont besoin. Ont-ils des questions ? C’est vrai, je me cache parfois derrière des explications techniques, j’avoue… Je ne sais pas toujours comment me positionner, être là, présente et disponible, c’est le mieux que je puisse faire, non ?

J’essaie de percevoir l’angoisse de cet accouchement, je l’anticipe parfois, j’entends la tristesse et la souffrance morale. J’entends les cris bien sûr, pas de douleur physique, mais les cris de cette femme à jamais brisée. Le plus difficile pour moi est paradoxalement quand ces cris sont silencieux, muets, murés… J’ai l’impression que je n’arrive pas à aider !

Puis viennent les moments techniques, lourds, ces gestes si difficiles pour ceux qui les pratiquent et ceux qui les subissent…. Le fœticide, la rupture artificielle de la poche des eaux. Cet excès de concentration et de silence. Il n’y a rien à dire, les conséquences sont si évidentes !

Je sors et je rentre cette fois dans une autre salle d’accouchement, une autre femme, un autre couple, un monitoring branché et bruyant, un bébé qui est attendu, une naissance toute simplement ! Comment ne pas montrer ma tristesse dans cette salle où ils ne se doutent de rien. Il faut que je sois concentrée aussi sur cet accouchement, je suis responsable du bon déroulement de l’arrivée de ce bébé, et je dois être « présente » pour ça. Eux aussi vivent un moment unique, essentiel et intense. Je ne dois pas l’oublier. Pourtant mon esprit, mes pensées sont à côté… J’ai un peu l’impression d’être schizo, trop d’émotions contradictoires d’une porte à l’autre !

Il y a cette attente aussi, ces longues heures, quand le corps ne lâche pas et qu’il n’y a rien à faire d’autre que patienter… Et d’un coup tout s’accélère ! L’accouchement est imminent, j’ai juste le temps de prévenir le médecin, l’infirmière, parfois non et je suis seule. Je reste calme quoi qu’il arrive et je fais en sorte que cet accouchement se passe le plus en douceur possible. Les gestes je les connais, ils ne me posent pas problème, mais l’émotion…

Je ne me suis jamais effondrée devant les femmes et les hommes. Ca m’est arrivé quelque fois en refermant la porte ou dans les bras d’une collègue. Pourtant, là, à l’instant, devant eux, comme eux, ma vue se voile, se trouble, les yeux humides. Certains diront que nous ne devons pas montrer notre émotion, que ce n’est pas notre souffrance. Pourquoi ? Ma tristesse est là c’est évident, même si elle ne doit pas occulter la leur.

Au-delà de cet accompagnement médical, dans ce moment suspendu après l’accouchement, alors qu’il règne un certain soulagement que ce soit fini, vient le temps de la rencontre, s’ils le souhaitent. Je ne force personne, j’insiste un peu oui c’est vrai… mais on en a déjà discuté avant.

La beauté de ce petit corps, si fragile dont je dois prendre soin me bouleverse. Je le bichonne, je le lave un peu, un petit bonnet, un lange doux et immaculé. C’est important ce moment-là, ce sera peut être très court, presque furtif. Ca n’en restera pas moins inoubliable pour les parents. Avec le temps je me rends compte que j’ose leur proposer plus de chose : le toucher, le prendre dans les bras, en peau à peau, une photo avec les parents, un peu d’intimité… Je m’adapte en fait. C’est leur moment à eux. Moi c’est la peur qui me domine à cet instant : j’ai tant envie que ce soit parfait !

Je ne crois pas que qu’on s’habitue à ces accouchements et qu’on les vive plus facilement avec le temps. Au mieux, on fait moins mal, est-ce cela être meilleur ?

Je quitte cette garde souvent épuisée, lasse et triste bien sûr. Je rentre chez moi, calme, consciente et reconnaissante. Ma journée est finie mais ma tête restera pleine. Je vais dans la chambre de mes filles : j’ai besoin de les serrer dans mes bras et de les embrasser, j’ai besoin de ce contact charnel et chaleureux. Ce n’est pas juste… mais c’est comme ça.

Quel beau métier que celui de sage-femme !... Je ne suis pas là pour accompagner les femmes dans leur meilleur moment. Mon rôle est d’être présente dans leur vie de femme, toute entière, tout simplement… et, ce soir, c’est sûr, je ne pourrais (voudrais) rien faire d’autre.

Christelle, sage-femme bénévole

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