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Le deuil de l'entourage - Témoignages

Le deuil de l'entourage - Témoignages

Dans la continuité de l’article « un deuil méconnu », paru précédemment, nous nous intéressons à la manière dont les proches de parents ayant traversé un deuil périnatal, ont ressenti, cet événement. Nous vous proposons les textes d’Anne-Isabelle et Agathe, qui présentent la manière dont le deuil de leurs amis a résonné en eux.

La demande d'Aurore d'écrire quelques mots sur le vécu de l'IMG et la violence que cela représente pour l'entourage, m'a replongée 6 ans en arrière, dans l'histoire de nos deux filles. Elles auraient du être meilleures amies, partager les jouets, les joies, les peines. Grandir et s'épanouir ensemble. Elles sont nées à 3 jours d'écart, l'une "née sans vie" (que ce terme est horrible), l'autre bien vivante.

La première c'est Anna: la fille d'Aurore et Olivier. La deuxième c'est Victoria, notre fille à Thibaut et à moi.

Lorsqu'à la 2ème écho les résultats ont été mitigés et que des séries d'examens complémentaires ont été demandés, j'étais partagée entre l'inquiétude pour Aurore et Olivier, pour cette petite puce tant attendue et l'envie de rassurer, de ne pas y croire. Anna allait aller mieux, c'était certain. C'était forcément une erreur.

Par la suite, des résultats d'examens, des pronostics assombris au point que, finalement, Aurore et Olivier se sont retrouvés à la croisée des chemins de l'IMG, à ce "choix" qui n'en est pas un.

Plus que tout c'est cette impuissance... qui 6 ans après me remonte dans la gorge comme une bile amère en écrivant ces lignes. Ne pas savoir quoi dire, ne pas savoir quoi faire. Etre démunis face à la douleur, face à la souffrance

Je me souviens de cette oscillation permanente entre la volonté d'être dans le déni, l'envie d'accompagner nos amis tout en se demandant comment accompagner l'incompréhensible et l'inacceptable. Et ce sentiment de maladresse constant. Les larmes versées pour Anna, pour Aurore et Olivier, pour Gabriel petit bout de chou devenant grand frère de la manière la plus dure qui soit.

Je me rappelle la peur de faire mal, sans le vouloir, quand on voudrait soulager ce qui ne peut pas l’être. D’augmenter la douleur en ne disant pas "ce qu'il faut".

Je me souviens de la colère : on voudrait protéger les gens qu'on aime, leur éviter toute douleur, toute souffrance. Et en même temps, ici ce que je voulais plus que tout…ce n’est pas leur éviter la souffrance. C’est juste qu’elle soit là Anna, comme prévu. Je l’aimais déjà cette petite puce. C’est normal : les filles elles auraient été amies parce que nous avec Aurore… on est amies.

Pendant des années, je me suis sentie coupable : coupable d’être heureuse, d’avoir un bébé en bonne santé, de continuer à exister « normalement », quand à côté c’est un monde qui s’effondre.

Se dire qu’on n’ a pas le droit d’avoir mal parce que notre douleur « c’est rien ».

Anna, c'est ma filleule des nuages. Elle est en moi, avec moi. Elle m'a changée comme maman, comme personne.

Tu me manques toujours petite puce. Je pense à toi dès que le ciel est rose. J'espère que tu es heureuse dans les nuages.

Anne-Isabelle

La maternité change profondément une femme. Et la maternité d’une autre femme peut bouleverser son entourage, sa façon de vivre et de voir les choses.

C’est ce que j’ai appris il y a 7 ans, aux dépends de Clarisse.

Nous étions 3 collègues dans le même bureau qui, par un heureux hasard, allaient tomber enceinte de façon très proche. Voilà une expérience qui allait nous rapprocher : les premières nausées, les coups de fatigue, les fringales, les douleurs…

Tout se passait pour le mieux. Jusqu’à cette échographie du second trimestre, la « morpho », la plus importante.

Clarisse et Christophe encaissent une mauvaise nouvelle dont ils ne semblent pas encore mesurer l’impact : on a diagnostiqué à leur bébé un intestin hyper-échogène. Une seconde échographie s’avère nécessaire. Je me rappelle avoir dit à Clarisse quelque chose du genre : « ne t’inquiète pas, ce n’est sûrement pas grave ». Aujourd’hui, avec le recul, je m’en veux.

Les examens vont s’enchaîner, échos, prises de sang, caryotype. Clarisse était déjà en arrêt maladie anticipé, occupée à se poser, enfin, et poursuivre ses achats en vue de la naissance de bébé. Nous nous sommes revues toutes les trois avec nos maris pour un déjeuner dominical, quelques jours avant le diagnostic. La trisomie avait déjà été écartée. Clarisse et Christophe semblaient confiants ; et nous aussi. Jusqu’à ce que le diagnostic de la mucoviscidose tombe.

Un lundi matin, les collègues et moi trouvons un mail de Clarisse et Christophe dans nos boîtes de réception intitulé « l’avenir de notre enfant », avec la triste nouvelle. J’ai fini en larmes planquée derrière la porte de mon bureau, écœurée par tant d’injustice : pas elle, pas eux, pas nous, ce n’était pas possible !

L’atmosphère au bureau fut très très triste les jours qui ont suivi. Nous partagions toutes les mêmes sentiments : injustice et colère. Sans nul doute que celles de nos collègues qui avaient déjà été mère étaient les plus émues.

Les jours d’après, je n’en menais pas bien large. Si je respectais leur intimité et leur recueillement, je craignais de les appeler. C’est ce que je qualifierai malheureusement de « mise au banc forcée » de ceux qui ont un deuil à vivre. On veut leur montrer qu’on est là mais on ne sait pas bien comment faire…Alors on ne fait rien, de peur de faire mal, ou de mal faire.

Le mois suivant, j’accouchais. Clarisse est venue me voir à la maternité. Je ne sais pas par quel miracle elle a réussi à venir… !!! A sa place, je n’aurai jamais pu me confronter au bonheur d’autrui. Dans les semaines qui ont suivi la naissance de Gabriel, je me souviens de m’être interdit de me plaindre, au motif que j’avais de la chance, moi, de devoir me lever pour donner le biberon de nuit, d’essuyer les régurgitations de mon rejeton et de le changer après chaque repas parce que ses pyjamas empestaient le lait caillé…

De ces moments difficiles, vécus par Clarisse et Christophe, j’en tire plusieurs leçons de vie :

- Une grossesse n’est pas acquise ; son issue reste incertaine jusqu’au bout du terme, jusqu’à la naissance effective. Et c’est dans cet état d’esprit que ma seconde grossesse s’est récemment déroulée. Pas dans la tristesse, ni dans l’angoisse, mais dans la retenue, et sans fantasme. Juste au cas où…

- Supprimer de son vocabulaire le « Allez, c’est sûrement pas grave ». Parce que c’est faux. Tout peut arriver, et il faut s’y préparer et envisager le pire, sans psychoter pour autant.

- Relativiser ses petits malheurs et se souvenir qu’il y a pire, forcément. Cela évite de se plaindre à tout bout de champs, et on ne s’en porte pas plus mal !

Mais, plus que tout, je suis fière d’eux. Ils sont forts comme des rocs. Je les admire ; ils n’ont pas baissé les bras. Ils ont connu un second échec et ont persévéré. La troisième fois fut la bonne. Par superstition, ils n’en ont pas parlé autour d’eux. Nous n’en avons rien su jusqu’à quelques jours avant le résultat du caryotype. J’avais offert à Clarisse (peut-être pour son anniversaire, je ne sais plus trop bien ; ça commence à dater…) un petit bracelet-cordon bleu (sa couleur préférée) avec un petit trèfle à 4 feuilles, histoire de conjurer le sort. Miracle, la bonne nouvelle attendue a fini par arriver. Mon trèfle n’y était pas pour grand-chose, en fait, mais c’était ma façon à moi de la soutenir et d’espérer…

Cyrielle est née, suivie quelques années plus tard par Romane.

Deux super nénettes au caractère bien trempé, et fortes…comme leur mère ;-)

Agathe

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