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Accompagnements autour du deuil périnatal : Le suivi psychologique

Accompagnements autour du deuil périnatal : Le suivi psychologique

La parole du professionnel

En préambule, il m'apparaît indispensable de dire qu’il n’y a pas de gradation de la douleur. Le terme de l’arrêt d’une grossesse, ou l'âge du bébé à son décès lorsque celui-ci naît vivant, n’indique en aucun cas la douleur que l’on pourrait, ou aurait le « droit », de ressentir. Chaque histoire est unique, chaque bébé l’est aussi, et chaque peine, chaque souffrance est légitime. Partant de ces considérations, il me semble tout à fait important d’ouvrir un espace singulier pour recevoir le.s parent.s, traversant un deuil périnatal, ensemble et/ou séparément. En effet, avoir un espace à soi et pour soi, où l’on puisse déposer tout ce que l’on a envie et besoin de dire – sa colère, son incompréhension, son sentiment d’injustice, de solitude, sa peine, sa souffrance, ses doutes, ses angoisses, etc – m’apparaît essentiel.

Bien que nous observions récemment des avancées, la société invisibilise encore malheureusement trop souvent le vécu des parents endeuillés. En tant que Docteure en psychanalyse et psychopathologie – psychologue de formation – spécialisée en périnatalité, je reçois à mon cabinet et en téléconsultation des parents confrontés à ce deuil si particulier. À mon sens, on ne s’improvise pas « thérapeute » auprès des parents endeuillés. Non seulement une formation spécifique m’apparaît de rigueur, mais une sensibilité, dans le sens d’un véritable « intérêt » et engagement à ce sujet, sont aussi indispensables. Je tiens à préciser que rien n’est « pathologique » dans le fait de « réagir » au décès de son bébé. Il est absolument normal que le parent soit éprouvé par la disparition de celui-ci, et comme je le précise toujours à mes patient.e.s, ces ressentis et ce qu’ils peuvent en dire sont même plutôt rassurants, car cela vient signifier qu’ils ont bien perçu quelque chose de cette disparition, pourtant de l’ordre de l’indicible.

Dans quelques cas, il peut arriver que la perte du bébé fasse écho à d’autres choses dans la vie du.des parent.s, et certains peuvent par exemple présenter des signes de dépression. Le suivi en psychothérapie doit alors parfois être accompagné d’une prise en charge par un psychiatre pour une prescription médicamenteuse, mais je souhaite rappeler que ces recours, s’ils s’avèrent nécessaires à un moment donné, peuvent être transitoires si une psychothérapie régulière peut se mettre en place. L’accompagnement passe aussi par une réflexion autour de « rituels ». Ils sont là pour aider le.s parent.s à « remplir » un peu de ce vide que la mort du bébé, ou du « bébé en construction » comme certains le nomme, a laissé. Cela peut se traduire par l’écriture d’une lettre adressée au bébé, d’aller fleurir sa tombe lorsqu’il en a une, de trouver un lieu symbolique et d’organiser une cérémonie en son souvenir lorsque des obsèques n’ont pas eu lieu, etc. Par ailleurs, mon accompagnement m’amène à soutenir ces parents à différents niveaux, au-delà de nos rencontres hebdomadaires. À chaque fois, j’évoque l’importance de pouvoir en parler avec d’autres parents ayant été confrontés au deuil périnatal – que cela passe par l’échange sur des forums,

Bien que nous observions récemment des avancées, la société invisibilise encore malheureusement trop souvent le vécu des parents endeuillés. En tant que Docteure en psychanalyse et psychopathologie – psychologue de formation – spécialisée en périnatalité, je reçois à mon cabinet et en téléconsultation des parents confrontés à ce deuil si particulier. À mon sens, on ne s’improvise pas « thérapeute » auprès des parents endeuillés. Non seulement une formation spécifique m’apparaît de rigueur, mais une sensibilité, dans le sens d’un véritable « intérêt » et engagement à ce sujet, sont aussi indispensables. Je tiens à préciser que rien n’est « pathologique » dans le fait de « réagir » au décès de son bébé. Il est absolument normal que le parent soit éprouvé par la disparition de celui-ci, et comme je le précise toujours à mes patient.e.s, ces ressentis et ce qu’ils peuvent en dire sont même plutôt rassurants, car cela vient signifier qu’ils ont bien perçu quelque chose de cette disparition, pourtant de l’ordre de l’indicible.

Dans quelques cas, il peut arriver que la perte du bébé fasse écho à d’autres choses dans la vie du.des parent.s, et certains peuvent par exemple présenter des signes de dépression. Le suivi en psychothérapie doit alors parfois être accompagné d’une prise en charge par un psychiatre pour une prescription médicamenteuse, mais je souhaite rappeler que ces recours, s’ils s’avèrent nécessaires à un moment donné, peuvent être transitoires si une psychothérapie régulière peut se mettre en place. L’accompagnement passe aussi par une réflexion autour de « rituels ». Ils sont là pour aider le.s parent.s à « remplir » un peu de ce vide que la mort du bébé, ou du « bébé en construction » comme certains le nomme, a laissé. Cela peut se traduire par l’écriture d’une lettre adressée au bébé, d’aller fleurir sa tombe lorsqu’il en a une, de trouver un lieu symbolique et d’organiser une cérémonie en son souvenir lorsque des obsèques n’ont pas eu lieu, etc. Par ailleurs, mon accompagnement m’amène à soutenir ces parents à différents niveaux, au-delà de nos rencontres hebdomadaires. À chaque fois, j’évoque l’importance de pouvoir en parler avec d’autres parents ayant été confrontés au deuil périnatal – que cela passe par l’échange sur des forums, via le réseau social Instagram qui est très riche à ce sujet, ou encore par l’intégration d’un groupe de parole animé par les membres d’une association spécialisée. Aussi « formés » que nous puissions l’être en tant que professionnel, nous ne pourrons jamais trouver la justesse des mots de ceux qui l’ont vécu « de l’intérieur ». Aussi, la mise à disposition de ressources peut être intéressante : lectures, podcasts, livres pour le.s aîné.e.s, etc. Enfin, je propose aux mères que je reçois d’aller consulter des collègues sages-femmes et ostéopathes de confiance. En effet, j’ai le sentiment que lorsque le bébé disparaît, disparaît avec lui sa mère qui l’a porté et la vie en post-partum de celle-ci, car aucun soin n’est pensé pour elles. Au-delà de la psychothérapie dans le cas du deuil périnatal – comme dans tout type de psychothérapie d’ailleurs – quelque chose appartient bien à chaque parent. Au sein d’une famille ou au sein d’un couple par exemple, chacun va réagir différemment, et il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » manière de réagir. Je suis persuadée d’une chose, tous font du mieux qu’ils peuvent, et c’est déjà beaucoup.

Solène Ekizian, Docteure en psychanalyse et psychopathologie (PhD)

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La parole des parents

« J'ai subi une IMG à 25 semaines de grossesse à la suite de la découverte de multiples malformations non compatibles avec la vie lors de l'échographie du 2ème trimestre. J'étais suivie en cabinet gynécologique + centre écho. Nous avons tout de suite été transférés à l'hôpital mère-enfant de notre ville où nous avons rencontré un gynécologue pour une écho référence, une sage-femme spécialisée et une psychologue. C'est cette psychologue qui nous a suivis. J'ai décidé de continuer le suivi avec cette personne car je me sentais à l'aise. Et je n'avais aucunement la force de mener d'autres recherches. Et puisqu'elle était sur place, elle est venue me rendre visite dans la chambre après l'IMG. Le suivi a duré plusieurs semaines voire mois. Assez régulièrement au départ, une à deux fois par semaine, selon mes/nos besoins/envies puis plus espacés. Elle nous a proposé de participer à des groupes de paroles qu'elle animait, mais j'ai préféré rester sur des séances individuelles. Puis je suis de nouveau tombée enceinte. C'était voulu mais la panique et le stress m'ont envahi alors j'ai de nouveau intensifié les séances. Elle m'a suivi tout au long de ma grossesse. Une fois par semaine. Cela m'a permis de parler de mes peurs, de mes craintes. Je me sentais comprise. Je pouvais en parler sans jugements, sans passer pour une folle. Ça a été réellement bénéfique. Je l'ai revu une ou deux fois après l'accouchement de ce bébé arc-en-ciel puis je n'en ai plus ressenti le besoin. Mon remède, c'était lui. J'ai eu une autre grossesse derrière mon fils, et cette fois-ci, même si le stress était présent, je n'ai pas eu le besoin d'y aller.

Je remercie ces professionnels qui font un travail essentiel. »

Pauline

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« Je vous écris pour vous faire part de mon témoignage. J’ai subi une IMG le 2 novembre 2020 à 26SA d’un petit Adam. Le suivi psychologique nous a été proposé par l’équipe du centre de diagnostique anténatale du Chu de Toulouse, suite à l'annonce du diagnostic de cardiopathie congénital de notre bébé. Avec le covid nous avons fait des rdvs téléphoniques à plusieurs reprises et lors d’échographie de contrôle nous avons pu la rencontrer physiquement. Cela nous a permis de cheminer petit à petit vers la prise de décision de l’IMG. Elle m’a beaucoup rassurée sur mes sentiments qui étaient très ambivalents, elle m’a apporté des conseils pour dire au revoir à mon bébé, de prendre le temps de préparer au mieux cet accouchement. Après l’IMG, elle m’a orientée vers le CMP le plus proche de chez moi. Je suis suivie par l’équipe Panda qui accompagne les parents et futurs parents autour de la parentalité, de la grossesse et les parents endeuillés. Je suis actuellement enceinte et je suis toujours suivie pour cette grossesse bien particulière… avec mon conjoint nous participons à un groupe de parole de parents endeuillés qui comme nous ont accueilli le bébé d’après. Ça m’aide beaucoup. Les professionnels sont aidants et formés au deuil périnatal, on se sent tellement entendu et reconnu dans notre souffrance, dans notre perte. Je n'aurais pas pu avancer sans eux. Le soutien psychologique me semble indispensable et devrait être proposé à chaque couple et surtout avoir un relais de proximité. »

Audrey

« Je suis tombée enceinte le 2 décembre 2018. A ma deuxième échographie fin avril 2019, la sage-femme a constaté des anomalies sur notre petit bébé. Une amniocentèse a décelé une trisomie 18 chez notre petite fille. Lors de l’annonce des résultats par notre gynécologue, on nous a proposé de rencontrer la psychologue qui exerce dans la clinique. Nous avons accepté. Le feeling est bien passé donc nous n’avons pas cherché un autre type d'accompagnement. Nous étions tellement sous le choc que nous nous sommes un peu laissés guider. Nous avons en parallèle suivi différents comptes sur les réseaux sociaux qui nous ont permis de nous sentir moins seuls. Nous aurions aimé pouvoir échanger avec d’autres couples mais la psychologue ne le proposait pas. Par contre, elle nous a aidé à :

1. Accepter le rythme de chacun car mon mari et moi n’avions pas besoin des mêmes choses après l'IMG et surtout pas sur la même temporalité.

2. Exprimer notre souffrance et notre colère

3. Comprendre le comportement de notre entourage

4. Relativiser sur l’attente de notre bébé arc en ciel. Elle m’a dit une phrase que je retiendrai toujours : « notre souffrance est comme une fracture ouverte, on n’effacera pas la cicatrice mais l’objectif est de la rendre la plus belle possible ». Le film « et je choisis de vivre » m’a bouleversée et m’a aussi aidée. »

Coralie

Crédit photo Freepik

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